Pollution au large de Mayumba

8/10/2004:Source : Aventure Sans Frontière

Des traînées de pétrole brut sont remarquées, depuis un moment, sur les plages du parc marin de Mayumba au sud du Gabon. La quantité de pétrole trouvée sur la plage est plus importante dans le sud du parc proche de la frontière avec la République du Congo.

En se référant au déplacement des courants en surface du Benguela, qui reviennent du sud de l’Afrique pour atteindre l’Equateur et, compte tenu de la densité du pétrole retrouvé sur les plages, trois hypothèses se présentent à nous :

Soit il existe une fuite de pétrole dans une plate-forme au large de Pointe Noire.
Soit il y a eu un accident d’un pétrolier au large de Pointe Noire.
Soit un pétrolier a effectué le nettoyage de ses cuves au large de Pointe Noire.

Le pétrole trouvé au nord du parc et près de Panga pourrait provenir d’installations au Gabon, mais il semble plus probable que toute cette pollution récente provienne de la même source.

L’impact de la pollution pétrolière sur les êtres vivants benthiques et pélagiques est considérable. Bien qu’aucune mortalité de faune sauvage n'ait été notée pendant l'enquête sur la plage, il a été observé de nombreux crabes (Ocypodes quadratus) partiellement tâchés par le pétrole, en particulier sur les pattes et la bouche. Les crabes font partie du régime alimentaire de plusieurs mammifères côtiers comprenant la mangouste des marais (Atilax paludinosus), et de ce fait présentent un risque potentiel pour ces animaux. Les plages de cette partie du Gabon sont fréquentées par beaucoup d'animaux, et il a été noté que dans certains secteurs il était difficile d'éviter la salissure des pieds dans le pétrole. Le goudron collé sur les pattes des mammifères terrestres est susceptible d'être ingéré quand l'animal utilise sa bouche pour tenter de se nettoyer. Ceci peut également présenter une voie d’entrée potentiellement dangereuse dans la chaîne alimentaire.

La présence de pétrole dans les lagunes côtières est particulièrement inquiétante. Il est évident qu’à marées hautes, le pétrole a traversé la plage et pénétré les eaux des lagunes. Ceci était particulièrement visible dans la lagune de Nyafessa, où à marée basse, une ligne épaisse de pétrole entourait la lagune. Sans l'action de vagues, ce pétrole est susceptible de persister considérablement plus longtemps que si il est soumis aux marées répétées au bord de la plage. L'empoisonnement des poissons et de toute autre espèce lagunaire est donc beaucoup plus probable.

Comme vous le savez sans doute, les plages partant de la ville de Mayumba au Gabon, jusqu’à l’embouchure de la rivière Noumbi en République du Congo, abrite une importante population de tortues luths (Dermochelys coriacea) et olivâtres (Lepidochelys olivacea). Aujourd’hui, avec le déversement de pétrole brut qui s’effectue au large de Pointe Noire et qui malheureusement coïncide avec le début de la saison de ponte des tortues marines, nous craignons de vivre une véritable catastrophe avec des femelles qui ingurgitent le pétrole, des œufs rendus infertiles et des quelques bébés tortues qui s’en sortiront, prisonniers du brut.

Aussi, face à ce danger, nous demandons aux autorités de la République du Congo, qui ont un devoir de conservation de la nature, de prendre toutes les mesures qui s’imposent et d’informer les populations sur les réflexions qui ont été prises pour mettre fin à ce grave problème.

Guy-Philippe Sounguet
Directeur Exécutif
Aventures Sans Frontières
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