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Giuseppe Vassallo
Our dear leader Giuseppe Vassallo left us on Friday 31st March 2000 for a sudden car accident: his ideas and teachings will never die.
 

Les raisons du rejet du site de Malibé II pour le projet du nouvel aéroport de Libreville par les ONG environnementales du Gabon

La plate forme Environnement Gabon, qui regroupe en son sein une quinzaine d’associations et ONG environnementales gabonaises a pris l’initiative de produire le présent document pour décliner sa position vis à vis du projet de construction du nouvel aéroport de Libreville dont le site de Malibé2 a fait l’objet d’une préférence de la part du gouvernement de la république au détriment d’autres sites.

Ce choix du site sus mentionné engage les politiques qui pour des raisons à la fois économique, politique mais aussi géostratégique planifient les projets de développement. Mais il est du devoir des acteurs de la société civile, acteurs du développement « durable », de ne pas rester en marge de la discussion si certains intérêts venaient à se trouver menacés.

Nous avons tenu à produire ce document pour marquer notre désapprobation du choix du site pour des raisons évidentes qui sont d’ordre sécuritaire et essentiellement écologiques. Nous laissons à l’appréciation des autres experts intervenant à des degrés divers dans ce projet pour montrer le bien fondé ou non de la faisabilité d’un tel projet. Car nous n’avons plus le droit aujourd’hui de cautionner des éléphants blancs qui ont ruiné notre économie et retardé le développement de certaines régions du pays.

Nous voulons à priori rappeler à l’opinion nationale et internationale que le site retenu pour ce projet est intégré dans une zone dite classée : « LA FORÊT CLASSEE DE LA MONDAH » :

La baie de la Mondah est une zone humide côtière du nord-ouest du Gabon, dont de larges parties ont été incluses en août 2002 dans le parc national d’Akanda. La baie de la Mondah est un véritable domaine estuarien qui comprend 53.720 ha de superficie. Elle s’étend sur une profondeur nord-sud d’environ 40 km et une largeur est-ouest de 25 Km. Elle forme la partie méridionale de la baie de Corisco.

Sur le plan international, ce site constitue un échantillon important de l’écorégion des mangroves d’Afrique centrale. Le rôle de la mangrove dans la survie des espèces est très important. Les grandes racines échasses des palétuviers constituent des nurseries idéales pour les poissons. La petite faune participe activement à la décomposition des matières organiques et est à son tour consommée par les crabes, les crevettes et les poissons. 
D’autre part, elle capte d’énormes quantités de sédiments qui auraient tapissés le fonds des océans. Elle stabilise les côtes et les protège des tempêtes et des érosions. Les mangroves sont encore considérées à tort comme des espaces perdus, insalubres et n’appartenant à personne. Pourtant, des millions de personnes vivent directement ou indirectement, souvent sans même le savoir, de ses ressources.

La baie de la Mondah est particulière, du fait de la présence de nombreuses tannes, des structures peu communes dans les mangroves d’Afrique centrale.

Sur le plan zoologique, ce site représente une station de migration et d’hivernage d’importance internationale pour les limicoles d’origine paléarctique. D’après Jean Pierre Vande Weghe (Wildlife Conservation Society), la baie de la Mondah abrite environ 60% des limicoles hivernant au Gabon (30.000-35.000). La baie de la Mondah est par ailleurs aussi importante pour les populations gabonaises de la sterne naine (Sterna albifrons), le bec-en-ciseaux d’Afrique (Rynchops flavirostis) et la grande aigrette (Egretta alba) qui nichent en saison sèche sur le Bas-Ogooué. Les concentrations de becs-en-ciseaux observés dans la baie de la Mondah sont les plus importantes d’Afrique. La baie de la Mondah renferme aussi des échantillons importants de forêts côtières très humides avec une faune encore à peu près intacte de mammifères.

        
Sur le plan morphologique, on a affaire à une plaine située dans une zone d’atterrissage sédimentaire : les zones alluviales (ou se déposent les sédiments issus des transports par les rivières). Elles marquent la phase terminale d’un parcours, parfois long, d’un système hydrologique. Ici, c’est la Ntsini qui est  le principal émissaire hydrologique alimentant le bassin de la rive gauche de l’estuaire de la Mondah. Par ailleurs, le secteur allant de Avor Bam jusqu’au village de Bollokoboué (en passant par Marseille I et II, Malibé I et II) constituent de grandes zones marécageuses. La présence ou l’omniprésence de l’eau dans ce secteur est liée aux nappes phréatiques qui affleurent sur l’ensemble du milieu. La capacité d’absorption de ces terrains est aussi rendue difficile par l’abondance des nappes d’eau, et la nature du substratum où la teneur en argile est relativement plus importante en profondeur qu’en surface où les sables sont plus abondants. Cette situation rend difficile le drainage des eaux de ruissellement, avec une pente quasi nulle, favorisant ainsi la formation d’un chapelet de zones humides (dont la présence de l’eau est principalement liée au mauvais drainage).

Le déclassement de la forêt de la Mondah

Le statut juridique de la Forêt classée de la Mondah a été soumis à rude épreuve par le Gouvernement jusqu'en 1980. Le décret n°01403/PR/MEFCR du 17 octobre 1983, portant annulation des Arrêtés n°956/PR du 4 août 1977 et n°692/PR du 24 mars 1980 n'ont pas atténués les dégâts causés à la FCM. Car aucune application de ces textes ne sera faite, c'est le cas notamment des Articles 2, 3, 4, 5 et 6 dudit Décret prohibant et sanctionnant tout acte, tel que :
- les défrichements de toute nature ;
- l'implantation de cases, de campements, de villages, de routes et de pistes ;
- les constructions de toutes nature ;
- les manoeuvres militaires ;
- la chasse, la pêche et l'empoisonnement des rivières ;
- l'exploitation sans titre des produits forestiers de toute nature.
De déclassement en déclassement, la forêt dite classée de la Mondah cessera d’exister si tous les projets retenus sur ce site ( à savoir le nouvel aéroport de Libreville, la bretelle du chemin de fer Ntoum-Santa Clara et le port en eau profonde de Santa Clara ) venaient à se réaliser.

Le projet du nouvel aéroport de Libreville à Malibé 2, la bretelle de chemin de fer Ntoum-Santa Clara et le futur port en eau profonde de Santa Clara ont un dénominateur commun la destruction de la forêt classée de la Mondah, un cadre laboratoire pour les élèves de l’ENEF, une école à vocation sous régionale dont la réputation n’est plus à démontrer et un véritable poumon des populations de Libreville.
En effet, la forêt du cap constitue un bouclier naturel contre toutes les agressions des vents marins sur les populations de Libreville. Elle participe à atténuer l’effet de serre. Cette unique forêt à la périphérie de Libreville constitue un trésor pour le tourisme de proximité avec le circuit de la parcelle du conservateur, la forêt sacré du Cap où les communautés Mpongwé, Fang, Benga et autres exercent leur rites spirituelles traditionnelles. Elle constitue un véritable sanctuaire pour ces populations.

En outre, L'OIBT (Organisation Internationale des Bois Tropicaux), à travers son projet PD 8/98 Rev.4 (F) exécuté par l'ENEF, a financé des actions pour faire de la Forêt Classée de la Mondah une forêt de démonstration en aménagement durable des forêts gabonaises. Le projet est dans sa phase d'achèvement. QUID de la suite du processus, si l'aéroport et ses annexes récurrentes (zoning industriel et autres infrastructures) empiètent de manière significative sur la Forêt Classée de la Mondah ?

La réalisation de ce projet, même si les autorités politiques refusent de se rendre à l’évidence, menace sévèrement l’équilibre des écosystèmes du Parc d’Akanda et constitue un sérieux problème de sécurité aérienne pour des avions à réacteurs par la simple présence en ce lieu des sites de niche et d’immigration d’oiseaux. C’est d’ailleurs cette présence naturelle de ces nombreuses espèces ornithologiques qui a motivé la création du Parc National d’Akanda.
Il est curieux de constater que sans une étude préalable  d’impact environnementale sur le site, conformément aux dispositions du Code de l’environnement, le gouvernement décide de manière unilatérale d’implanter un aéroport dans un site aussi sensible.
En effet, le décret 539, pris en application des dispositions de l'article 67 de la loi n° 16/93 du 26 août 1993 portant Code de l’Environnement, réglemente les Études d'Impact sur l'Environnement. Le présent décret stipule ce qui suit. Article 2 :
Impact sur l'Environnement, tous changements ou modifications qu’un projet pourrait causer à l'environnement, au droit, aux coutumes ou aux usages traditionnels des communautés villageoises ;
Étude d'impact sur l'environnement, en abrégé EIE, l'étude d'évaluation des incidences directes et indirectes d'un projet sur l'équilibre écologique, la qualité et le cadre de vie des populations vivant dans la zone d'implantation du projet et dans les zones adjacentes. Dans le cadre de cette étude, le promoteur ou son mandataire est tenu :

  1. de soumettre l'avis de projet à l'administration de l'Environnement dans le but d'élaborer les directives spécifiques à l'étude,
  2. d'organiser, aux fins d'élaboration des directives spécifiques, la visite du site d'implantation du projet ;
  3. de présenter le projet aux populations en utilisant des moyens de communication simples, concrets et accessibles ;
  4. d'organiser, aux fins ci-dessus spécifiées, des consultations publiques dont la notification doit être faite par voie d'affichage ou par tout autre moyen audiovisuel ;
  5. d'établir les procès-verbaux des séances de consultation signés, selon cas, par l'autorité locale ou par le Ministre chargé de l'Environnement ou leurs représentants.

Face à ce qui précède et au regard des enjeux écologiques du moment et la fragilité du processus de développement de la politique de mise en place des parcs nationaux, projet cher au Chef de l’Etat et pour garantir la crédibilité des engagements pris par ce dernier auprès de la communauté internationale, nous recommandons l’abandon du site de Malibé II pour ce projet et proposons deux alternatives :

  1. Création d’une seconde piste d’atterrissage sur l’aéroport existant avec possibilité d’agrandissement ;
  2. Orienter le choix du site  plutôt vers la zone de Ntoum-Nkango aux environs de Zamaligue. Cette région offre un terrain non marécageux et se situe non loin la route transafricaine, facile d’accès aux routiers. Cette proposition a l’avantage de développer la Nationale I et d’inciter l’implantation des industries dans cette partie de la province de l’Estuaire pour un équilibre économique de la région.

Concentrer quatre gros projets dans une même zone : aéroport (Malibé 2, port en eau profonde (Santa Clara), passage du chemin de fer (Ntoum-Santa Clara), le nouveau stade de Libreville (Agondje) constitue une menace très sérieuse à l’équilibre de l’écosystème de Libreville Nord.

La recherche d'un juste équilibre revient alors à trouver une réponse objective et réaliste à la question suivante: comment concevoir une économie viable et dynamique qui ne détruise pas les ressources naturelles et les systèmes écologiques dont elle dépend ?

Autrement dit, comment continuer à produire du pétrole, couper le bois, creuser des galeries pour extraire des minerais, défricher des espaces verts pour le passage des routes et chemins de fer ou des besoins alimentaires... sans pour autant nuire à la biodiversité et à l'environnement des milieux agressés ?

La question ainsi libellée nous incite à une exploitation rationnelle des richesses, à une meilleure utilisation des ressources naturelles, humaines et énergétiques, garanties d'une production économique réalisée dans le respect de l'environnement pour les générations futures.

Cet objectif ne saurait être atteint si nous, personnes physiques et morales, ne conjuguons pas nos efforts.

Chaque individu, chaque acteur social, politique ou économique exerçant une activité ayant un impact direct ou indirect sur l'environnement doit l'accomplir rationnellement, en dépassant l’égoïsme de son intérêt immédiat, et en pensant à l’intégrité de la Biodiversité et aux droits des générations futures à disposer d‘une planète écologiquement viable. Ce saut dans les consciences n’est plus seulement nécessaire : il est aujourd’hui capital, tant nos gestes engagent dorénavant notre responsabilité dans le destin de la planète.

Fait à Libreville, le 2 septembre 2006

Images

Malibé 2

Malibé2
Malibe 2