Pressé
par le Fonds monétaire international (FMI), l'Etat gabonais
vient de lancer la restructuration de la Société nationale
des bois du Gabon (SNBG) qui perdra, au 1er janvier 2006, son monopole
sur la commercialisation des grumes d'okoumé et d'ozigo.
Très
attendue, la décision a été saluée par
les gros exploitants forestiers qui rendent, comme certains observateurs,
la SNBG en partie responsable de la crise que traverse depuis 1998
le secteur stratégique du bois au Gabon, premier employeur
privé du pays.
"Que
l'Etat ait accepté est une révolution", se réjouit
un exploitant, estimant que "la SNBG ne faisait plus rien pour
les forestiers".
L'Etat
n'avait en fait pas vraiment le choix: cette restructuration était
exigée par l'accord de confirmation signé en mai 2004
avec le FMI, au titre de l'un des deux critères de performance
dont le non-respect peut faire annuler le programme.
Jusqu'ici,
les exploitants d'okoumé et d'ozigo, deux essences aux qualités
reconnues pour la production de contreplaqué, vendaient leurs
grumes sur la base de quotas et à un prix fixe à la
SNBG, détenue à 51% par l'Etat gabonais et à
49% par les sociétés forestières, qui en assurait
la commercialisation à l'étranger.
Celle-ci
exerçait également par ce biais un contrôle
de la qualité, assurait régulation des prix et collectait
droits et taxes pour l'Etat gabonais. L'okoumé/ozigo transformé
localement et les "bois divers" (autres que l'okoumé/ozigo)
n'étaient, eux, pas soumis au monopole de la SNBG.
Un
système intéressant pour les petits producteurs, moins
aptes à négocier sur le marché international.
Mais "les grosses entreprises forestières n'ont pas
besoin de la SNBG", estime un observateur.
Certains
économistes et exploitants dénoncent un système
rigide, inefficace, aux coûts prohibitifs, notamment en raison
d'un personnel "pléthorique", qui rend l'okoumé
gabonais peu compétitif par rapport à celui de ses
voisins du Congo et de Guinée équatoriale, les deux
seuls autres pays producteurs au monde.
"Il
y a un coût à la structure, c'est vrai, mais la structure
apporte un service qu'il faut rémunérer", répond
un brin agacé le PDG de la SNBG, Jean-Prosper Moussouamy,
qui doute que la disparition du système actuel profite à
terme aux forestiers.
"Il
est plus facile de peser de manière importante sur un marché
quand on est regroupé sous la forme d'un ensemble. Quand
on est dispersé, on a moins de poids", explique-t-il.
"Je ne suis pas persuadé que tout le monde tirera son
épingle du jeu" à la disparition du système
actuel.
"Les
gros forestiers sont contents, les petits ont peur de se faire dévorer",
admet un exploitant.
Quant
à la compétitivité de l'okoumé gabonais,
le PDG défend son entreprise et accuse les producteurs des
pays voisins, non soumis à un système similaire de
commercialisation, de systématiquement "s'aligner 5
à 10% en dessous des prix de la SNBG pour se placer"
sur le marché.
D'autant
plus facile, note-t-il, que les nombreuses entreprises asiatiques
installées sur place sont à la fois producteurs et
clients, l'Asie étant le principale destination de ces types
de bois.
Les
modalités de restructuration de la SNBG restent maintenant
à déterminer, de même que le système
qui lui succèdera. Selon un observateur, une SNBG nouvelle
formule pourrait se limiter à un rôle de contrôle
et de négoce pour les petites entreprises.
Un
exploitant forestier souhaite, lui, un nouvel organisme chargé
de la classification de l'ensemble des bois.
Reste
que le changement de système ne règlera pas tout.
"La crise a des facteurs exogènes", tempère
un observateur. "Le frein le plus important reste la fiscalité"
de la filière, affirme un forestier.