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Our dear leader Giuseppe Vassallo left us on Friday 31st March 2000 for a sudden car accident: his ideas and teachings will never die.

Le point de vue d'un chercheur
Une petite leçon d'écologie

Jean-Louis Martin *
[24 janvier 2005]

# L'impact de l'homme sur la biodiversité est ancien. Alors qu'en Afrique les humains et la faune ont évolué ensemble, l'expansion des chasseurs paléolithiques hors du berceau africain s'est soldée par l'extinction de nombreux grands mammifères restés naïfs face à ce prédateur. Les marsupiaux géants disparaissent d'Australie il y a environ 50 000 ans, les mammouths et le rhinocéros laineux d'Eurasie il y a 10 000 ans. Tout un monde de colosses comprenant des éléphants, des bisons à grandes cornes, des félins à grandes canines s'est évanoui d'Amérique du Nord il y a environ 9 000 ans.


# L'homme est aussi un vecteur de la biodiversité. Quand il devient agriculteur au néolithique, il ouvre la forêt pour ses cultures ou le pâturage, il bâtit, brûle. Il crée progressivement des mosaïques paysagères et des habitats artificiels. Il permet alors à un plus grand nombre d'espèces de coexister dans une région. Dans le sud de la France, des oiseaux comme les fauvettes ou les traquets dépendent de cette ouverture du paysage. C'est le cas aussi du bocage dans l'ouest du pays.


# L'homme a partagé ce rôle de constructeur d'écosystèmes avec d'autres espèces. Le castor édifie des barrages avec des matériaux pris dans son environnement et créé des plans d'eau abritant une faune diversifiée. Les coraux en se développant font naître, à des échelles continentales, des architectures sous-marines et une profusion de vie inégalée. Comme ces espèces, l'homme a longtemps été ce que les écologues appellent un «ingénieur d'écosystème».


# Avec la révolution industrielle, l'homme se met à modifier la biosphère. La machine remplace le muscle. L'exode rural conduit à l'abandon des terres et à la fermeture des milieux ou à l'intensification de l'agriculture. La combustion des énergies fossiles modifie le climat. Les espèces liées à l'agriculture extensive régressent. A l'exemple d'oiseaux comme l'outarde canepetière ou le râle des genêts, elles constituent l'essentiel des espèces menacées en France. La population humaine passe d'un milliard à plus de six et utilise une part toujours plus grosse du gâteau énergétique que le soleil dispense chaque année à la Terre. La part laissée aux autres espèces régresse comme peau de chagrin.


# Les changements ne se limitent pas aux pertes d'espèces. Tous les vertébrés qui se comptaient en dizaines de millions il y a encore 150 ans ont vu leurs effectifs fondre comme neige au soleil. La survie de ces espèces n'est pas en jeu mais leur fonction dans les écosystèmes l'est. Alors que plus de 70 millions de bisons ont été nécessaires pour façonner la grande prairie américaine, leur absence compromet l'avenir des parcelles épargnées par la charrue. De même, les millions de saumons qui remontaient et mouraient chaque année dans nos fleuves les fertilisaient avec des ressources venues de l'océan. Ils alimentaient aussi l'économie des populations riveraines. Aujourd'hui, les chercheurs s'interrogent sur les conséquences de leur absence.


# La biodiversité est partout, même en ville. Le pigeon ramier, le renard ou le chevreuil deviennent citadins ou colonisent banlieues et grandes cultures. Ils nous rappellent que la vie sauvage peut trouver une place dans des milieux très modifiés par l'homme. Pour d'autres espèces, comme le moineau domestique, l'oiseau sauvage le plus lié à l'homme, les chercheurs constatent une régression qui pose question sur la qualité de notre environnement urbain. Partout, il s'agit de comprendre ce qui permet à la vie ordinaire de garder ou de retrouver une place, y compris dans nos villes.


* Jean-Louis Martin est chercheur au Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (CNRS/Montpellier).