La forêt
du Bassin du Congo, qui sera samedi à Brazzaville au centre
d'un sommet des chefs d'Etat des pays concernés, est un gigantesque
système naturel d'importance planétaire, gravement
menacé par la surexploitation.
Avec 2,3 millions
de kilomètres carrés, cette forêt partagée
par six pays (Cameroun, Centrafrique, Guinée équatoriale,
Gabon et les deux Congo) constitue le deuxième bloc forestier
mondial, derrière l'Amazonie.
Elle est souvent
considérée comme une forêt primaire (forêt
"vierge", sans trace d'activité humaine), alors
qu'elle ne l'est en fait plus depuis longtemps. Elle est constituée
en quasi-totalité de forêts secondaires, qui s'installent
sur le terrain dégagé par l'agriculture et surtout,
ces dernières décennies, par l'exploitation industrielle
du bois.
"Combien
reste-t-il de forêts primaires? Peut-être 10, peut-être
3%", estime le botaniste français Francis Hallé.
Professeur émérite
de l'Université de Montpellier (sud-est de la France), M.
Hallé a notamment organisé plusieurs missions du "Radeau
des cimes", qui permet une étude originale de la canopée
à l'aide d'un plateau gonflable déplacé par
une montgolfière.
Cette forêt
n'est pas immuable et, bien avant que l'homme ne s'attaque à
elle, elle a connu d'importantes variations.
Les pollens
fossiles et la répartition des espèces montrent que
du fait de l'alternance de glaciations, plus arides (une vingtaine
depuis huit millions d'années) et de périodes chaudes,
plus humides, l'Afrique centrale n'a parfois possédé
que des "refuges forestiers".
En témoignent,
par exemple, le Gabon et la Guinée équatoriale qui
conservent, dans des zones où la forêt n'a pas "bougé",
un millier de végétaux endémiques (inexistants
ailleurs). Les gorilles, qui forment des populations distinctes
séparées de part et d'autre de la région centrale
du bassin, seraient eux aussi des témoins de deux anciens
"refuges", autrefois coupés l'un de l'autre.
La nature a
toujours assuré un équilibre fragile à la forêt,
alternant arbres géants et végétaux gourmands
en lumière et en humidité. Certains animaux s'adaptaient,
d'autres, harcelés, voire exterminés par des congénères,
disparaissaient, avant que le cycle ne recommence.
Aujourd'hui,
des humains, tels les pygmées, après avoir vécu
depuis les temps immémoriaux en harmonie avec la forêt,
doivent s'en aller eux aussi pour de bon.
L'exploitation
industrielle de cette forêt, qui n'a jamais été
plantée et encore moins gérée à cette
fin, en a bouleversé le rythme par des changements de rapidité
et d'ampleur sans précédent.
La tronçonneuse
ne scie pas que des arbres et des branches, elle entame dangereusement
la diversité biologique de la planète. "Je suis
terriblement pessimiste", lance Francis Hallé.