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PARIS, 3 fév (AFP)

La forêt du bassin du Congo, gigantesque système naturel menacé par l'homme

La forêt du Bassin du Congo, qui sera samedi à Brazzaville au centre d'un sommet des chefs d'Etat des pays concernés, est un gigantesque système naturel d'importance planétaire, gravement menacé par la surexploitation.

Avec 2,3 millions de kilomètres carrés, cette forêt partagée par six pays (Cameroun, Centrafrique, Guinée équatoriale, Gabon et les deux Congo) constitue le deuxième bloc forestier mondial, derrière l'Amazonie.

Elle est souvent considérée comme une forêt primaire (forêt "vierge", sans trace d'activité humaine), alors qu'elle ne l'est en fait plus depuis longtemps. Elle est constituée en quasi-totalité de forêts secondaires, qui s'installent sur le terrain dégagé par l'agriculture et surtout, ces dernières décennies, par l'exploitation industrielle du bois.

"Combien reste-t-il de forêts primaires? Peut-être 10, peut-être 3%", estime le botaniste français Francis Hallé.

Professeur émérite de l'Université de Montpellier (sud-est de la France), M. Hallé a notamment organisé plusieurs missions du "Radeau des cimes", qui permet une étude originale de la canopée à l'aide d'un plateau gonflable déplacé par une montgolfière.

Cette forêt n'est pas immuable et, bien avant que l'homme ne s'attaque à elle, elle a connu d'importantes variations.

Les pollens fossiles et la répartition des espèces montrent que du fait de l'alternance de glaciations, plus arides (une vingtaine depuis huit millions d'années) et de périodes chaudes, plus humides, l'Afrique centrale n'a parfois possédé que des "refuges forestiers".

En témoignent, par exemple, le Gabon et la Guinée équatoriale qui conservent, dans des zones où la forêt n'a pas "bougé", un millier de végétaux endémiques (inexistants ailleurs). Les gorilles, qui forment des populations distinctes séparées de part et d'autre de la région centrale du bassin, seraient eux aussi des témoins de deux anciens "refuges", autrefois coupés l'un de l'autre.

La nature a toujours assuré un équilibre fragile à la forêt, alternant arbres géants et végétaux gourmands en lumière et en humidité. Certains animaux s'adaptaient, d'autres, harcelés, voire exterminés par des congénères, disparaissaient, avant que le cycle ne recommence.

Aujourd'hui, des humains, tels les pygmées, après avoir vécu depuis les temps immémoriaux en harmonie avec la forêt, doivent s'en aller eux aussi pour de bon.

L'exploitation industrielle de cette forêt, qui n'a jamais été plantée et encore moins gérée à cette fin, en a bouleversé le rythme par des changements de rapidité et d'ampleur sans précédent.

La tronçonneuse ne scie pas que des arbres et des branches, elle entame dangereusement la diversité biologique de la planète. "Je suis terriblement pessimiste", lance Francis Hallé.

En Afrique
  • Deuxième conférence sur le Bassin du Congo, du 4 au 5 février 2005 à Brazzaville. Détails
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