En
clôturant le 25 février 2005, le deuxième module de formation
audiovisuelle qui leur était destinée depuis novembre 2004, six
jeunes pygmées de trois régions du Gabon ( Bakoya de Mékambo,
Akoula de Boumango, et Babongo d’Etéké) viennent de faire
leur entrée dans l’univers très fermé du cinéma.
Par la conception et la réalisation, sous la supervision technique de
Jean Claude Cheyssial, réalisateur et producteur Français, d’un
premier film de leur histoire d’une durée de 52 minutes, intitulé
: Les sentiers de l’intégration pygmée.
Les pygmées du Gabon, représentent un ensemble de groupes ethnolinguistiques
comprenant les parlers: Akoula, Akowa, Baka, Bakoya, Babongo, et Bakouyi. Premiers
peuples du Gabon originaires de la forêt qu’ils nous connaissent
et dont ils connaissent intimement la faune et la flore. Le statut de premiers
habitants du Gabon leur sied à merveille.
Originaires de la forêt, la sédentarisation lente des pygmées
à la lisière des voies gouvernementales du Gabon est le fruit
d’une longue et difficile intégration qui est partie des trajets
migratoires aux souvenirs très douloureux, jusqu’aux premiers contacts
avec les autres communautés ethniques devenues à force de domination
leurs maîtres incontestés.
C’est ici le lieu de dire que la cohabitation entre les autres peuples
et les pygmées est faite d’humiliations, de frustrations et de
marginalisation. C’est qui fait que tous les jours, et ce depuis des lustres,
les relations entre les bantous et les pygmées sont des plus déshonorantes.
Car en plus en plus de cette distinction sociale qui fait des pygmées
des personnes de petite taille, le terme pygmée a revêtu des connotations
diverses.
La diatribe d’Odambo-Adone
Tour à tour, pygmée est devenu une injure : « espèce
de pygmée ! » parfois, c’est une affirmation gratuite : «
quel vrai pygmée ! »
Et pour exprimer une curiosité, on se laisse dire : « donc c’est
un pygmée ? » Lorsqu’un pygmée peut exceller dans
un quelconque domaine, on s’interroge : « même les pygmées
aussi ? »
Les pygmées sont une propriété : « ça se sont
les pygmées de mon grand père », ou encore : « nos
pygmées ne se déplacent jamais sans notre autorisation ».
Les bantous s’aiment si bien qu’ils ne sentent pas leurs propres
odeurs, mais répugnent au moindre effluve nous les pygmées, c’est
ainsi qu’on entend dire que « les pygmées sentent mauvais
».
Lorsqu’il arrive à un pygmée de se tromper sur un sujet
quelconque, les bantous disent de lui « un pygmée reste un pygmée»,
sous-entendu la bêtise. Pourtant lorsque ceux-là ont besoin des
nos services pour une guérison ou une quelconque ascension sociale, le
pygmée devient « mon frère ».
L’ intégration des pygmées du Gabon a été
amorcée au début des années 60 à la faveur de la
politique dite de regroupement des villages, décrétée par
le gouvernement de la République. C’est alors que les peuples de
la forêt ont été amenés à s’installer
à la lisière des pistes secondaires ou cacaoyères. A ce
jour, le Gabon compte plusieurs groupes pygmées, qui vivent disséminés
du nord au sud, de l’est à l’ouest ayant des dénominations
et des langues différentes mais uniques sur le plan culturel: ce sont
les Akoula, les Akowa, les Baka, les Bakoya, Babongo, les Bakouyi.
Peuples de la forêt qu’ils connaissent et dont ils connaissent intimement
la faune et la flore les pygmées sont chasseurs d'antilopes, de porcs
sauvages et de singes. Ils pêchent, récoltent le miel, les ignames
sauvages, les baies et d'autres végétaux. Pour les pygmées,
en général, la forêt est une divinité personnelle
bienfaisante qui leur donne ce dont ils ont besoin, y compris les plantes et
les vertus des feuilles.
La
réputation des pygmées en matière de botanique pharmaceutique
n’est plus à faire sur les toits des villas feutrées des
grands centres urbains, ou des immeubles gratte-ciel des pays occidentaux.
Il est reconnu à l’unanimité que les pygmées ont
laissé un héritage inestimable en matière de botanique
pharmaceutique aux peuples bantous et aux autres chercheurs outre océans.
Cette botanique pharmaceutique, les pygmées la pratiquent depuis des
millénaires.
Aujourd’hui, vivant en milieux urbains, comme à Libreville, certains
pygmées gagnent bon an mal an leur vie dans le domaine médical,
cas de Mme Jeannette Ndjiba, pygmée Bakoya originaire de la région
de Mékambo au Nord-Est du Gabon, vivant depuis les années 1980
au quartier Angondjé de Libreville.
Par ailleurs, l’exode qui a frappé les populations rurales du Gabon
ne nous a pas épargnés nous les pygmées, attirés
nous aussi par les échos des grands chantiers de chemin de fer d’Owendo-
Franceville et la construction des voiries urbaines à Libreville.
C’est ainsi qu’une fois à Libreville, ils sont nombreux pygmées
à avoir tourné le dos à la chasse et à la cueillette
pour s’intéresser aux métiers de la civilisation. Prosper
Sangalenga, pygmée Bakoya, originaire d’Ekata dans le département
de la Zadié est de ces pygmées qui en veulent. Prosper Sangalenga
le ferrailleur Bakoya que l’on découvre dans ce film est le parfait
exemple d’un individu qui devient ferrailleur à Libreville sans
avoir été formé dans un centre d’apprentissage professionnel.
Avec ses tintamarres et ses multiples bruits assourdissants, la ville de Libreville,
séduisante attractive au départ, à cause de l’espoir
suscité pour avoir de l’emploi, de la proximité des hôpitaux,
et de la possibilité de scolariser les enfants, a fini malgré
tout par repousser ses nouveaux habitants vers des zones périphériques.
Dans un pays où il est dit que « l’école est gratuite
de zéro à seize ans », alors que dans la pratique il faut
scolariser son enfant soi-même, il est difficile pour les populations
pygmées installées dans les zones périphériques
de Libreville de pouvoir assurer la scolarité de leurs progénitures.
Jean Louis Ngoubamé, un pygmée Babongo de la région d’Etéké
du sud Gabon, sédentarisé à Malibé2 raconte aux
élèves de l’école primaire de ce village situé
à trente kilomètres de Libreville, comment les pygmées
s’y sont installés, et pourquoi, malgré l’instruction
un pygmée ne doit pas perdre ses racines.
Malgré tout, force est de reconnaître que la politique dite de
regroupement des villages, a favorisé une réelle et évidente
intégration des peuples de la forêt au point qu’on rencontre
aujourd’hui, un pygmée Bakoya devenir non seulement journaliste
plein de talent, mais surtout directeur de publication d’un organe de
presse à Libreville, Le journal Le Citoyen, et convoler en justes noces
avec une femme agent de la fonction publique, Bantoue de l’ethnie fang
du Nord Gabon. Il s’agit de Léonard Fabrice Odambo -Adone
Dans ce film, on découvre aussi tous ceux qui, à quelque niveau
que ce soit, ont tendu leur perche à Odambo-Adone pour s’intégrer
dans la société : Robert ZotoumbaT, écrivain gabonais,
Madame Mbene Mayer, ex-mairesse de Lambaréné, Mme Nicole Denis
Wagner de l’ambassade du Canada, et Mme Violetta Aguiar de l’UNESCO,
etc.
Contact
:
« Les sentiers de l’intégration pygmée »,
Léonard Fabrice ODAMBO-ADONE, premier intellectuel pygmée
du Gabon initiateur du Mouvement associatif pour le développement durable
des peuples pygmées du Gabon : MINAPYGA
Concepteur du « programme pygmitude : pour le développement durable
des pygmées »
Premier journaliste pygmée du Gabon,
Premier Directeur de publication de journal au Gabon : Le Citoyen
B.P. 16504 Libreville
Téléphone :+ 241 07-22-34
E-mail : odamboleonard@yahoo.fr
E-Mail : odambol@yahho.fr
E-mail : journal_lecitoyen@yahoo.fr