YAOUNDE,
CAMEROUN, CENTRE JEAN XXIII DE MVOLYE,
DU 02 AU 04 FEVRIER 2005
COMMUNIQUE FINAL
1. INTRODUCTION
Du
02 au 04 février 2005 s’est tenu au Centre Jean XXIII
de Yaoundé, au Cameroun, un atelier de synthèse
sous-régionale de l’étude sur l’autopromotion
des populations « Pygmées » d’Afrique
Centrale, sous le haut patronage de Madame le Ministre des Affaires
Sociales de la République du Cameroun.
L’atelier
était organisé par le Centre de Recherche et d’Action
pour le Développement Durable en Afrique Centrale (CERAD)
et l’Institut de Recherches Socio-Anthropologiques de l’Université
Catholique d’Afrique Centrale (IRSA), avec l’appui
technique et financier de CORDAID/Pays-Bas .
L’atelier
a rassemblé une soixantaine de participants, dont les représentants
des populations Batwa du Burundi et du Rwanda, des Baka et Bakola-Bagyéli
du Cameroun, les représentants des administrations des
affaires sociales, de l’administration territoriale, de
la recherche scientifique, de la justice et des droits de l’homme
du Cameroun, les représentants des institutions de recherche,
des organisations non gouvernementales du Cameroun, de la Centrafrique,
du Gabon, du Congo et de la République Démocratique
du Congo.
Les
organisations internationales et les partenaires suivants ont
pris part aux travaux : UNESCO, BIT, PNDP, SNV, CARPE, INADES-FORMATION,
FEDEC, COMMISSION NATIONALE DES DROITS DE L’HOMME.
L’atelier
s’est déroulé en trois phases principales.
•
Première Phase : Réflexion générale
sur les « Pygmées » et le développement
en Afrique Centrale
Cette
phase a été marquée par la cérémonie
solennelle d’ouverture de l’atelier et la présentation
des études et exposés sur la situation générale
des « Pygmées » au Burundi, au Cameroun, en
Centrafrique, au Congo-Brazzaville, en République démocratique
du Congo, au Gabon et au Rwanda.
Séquence
1: Cérémonie solennelle d’ouverture de l’atelier
Elle
a été ponctuée par trois allocutions :
- Le mot de bienvenue du Professeur Séverin Cécile
ABEGA, Directeur de l’Institut de Recherches Socio-Anthropologiques
de l’Université Catholique d’Afrique Centrale
et Coordinateur Scientifique de l’Etude sur l’autopromotion
des populations « Pygmées » d’Afrique
Centrale ;
- L’allocution de M. René REUSEN, Coordinateur pour
l’Afrique Centrale du Groupe d’Etude des Populations
Marginalisées au sein de CORDAID ; et
- Le discours d’ouverture de M. BABILA Henry VOMA, Directeur
de la Solidarité Nationale au Ministère des Affaires
Sociales, représentant Madame le Ministre des Affaires
Sociales de la République du Cameroun empêchée.
Le
Directeur de l’IRSA a adressé ses vœux de bienvenue
à tous les participants et a souligné la singularité
des populations « Pygmées » d’Afrique
Centrale qui constitue malheureusement l’une des bases de
marginalisation de ces populations. Il a rappelé les conditions
misérables dans lesquelles elles vivent et qui s’illustrent
par la pauvreté, la malnutrition, l’habitat précaire,
les mauvaises conditions d’hygiène, le manque de
formation, l’exclusion, le mépris et les préjugés.
Il a remercié les participants, notamment les populations
« Pygmées », pour avoir répondu favorablement
à l’invitation et CORDAID pour son appui technique
et financier. Enfin, il a émis le vœu que cet atelier
permette de poser un diagnostic profond sur les aspects de marginalité
des « Pygmées », d’analyser les différentes
réponses qui en ont été apportées
et proposer de nouvelles approches d’action possibles pour
le futur.
Dans son allocution, Monsieur René REUSEN, Représentant
de CORDAID, a remercié le Gouvernement de la République
du Cameroun qui, à travers le Ministère des Affaires
Sociales, a accepté de prendre part aux travaux de l’atelier
ainsi que les représentants des populations « Pygmées
», les autres administrations publiques présentes,
les ONGs nationales et internationales, les institutions internationales
et les différents partenaires pour leur participation effective
aux travaux de l’atelier. Il a ensuite donné les
raisons majeures qui ont amené CORDAID à entreprendre
l’étude globale sur les groupes marginalisés
inapprochables en général et sur les populations
« Pygmées » d’Afrique Centrale en particulier.
Celles-ci sont axées sur la nécessité d’engager
une réflexion sur l’état de marginalité
des « Pygmées », le bilan des actions réalisées
jusqu’ici et des approches utilisées et proposer
les nouvelles orientations de travail futures possibles avec ces
populations. Il a enfin souligné les perspectives de l’atelier,
notamment la tenue de l’atelier international de mars 2005
au Bangladesh qui fera la synthèse globale des résultats
de cette étude au niveau international.
Le discours d’ouverture du Représentant du Ministre
des Affaires Sociales a souligné la pertinence et l’importance
du thème de l’atelier en raison des multiples problèmes
que rencontrent les populations « Pygmées »
d’Afrique Centrale. Il a rappelé les grands axes
de la politique du Gouvernement Camerounais à l’égard
des minorités et les actions qui sont entreprises pour
garantir le développement de ces populations. Il a exhorté
les participants à mener une réflexion approfondie
sur la problématique du développement des «
Pygmées » et à faire des propositions d’actions
concrètes pour l’amélioration des conditions
de vie de ces populations dans les prochaines années.
Séquence
2: Présentation des exposés et échanges en
plénière
Les
exposés ont été présentés en
panels définis sur la base des études de cas des
pays développés par les chercheurs et les personnes-ressources
invités.
Trois principaux panels ont été organisés
:
•
Panel 1 : Les « Pygmées » et le développement
dans les Grands Lacs : Burundi, Congo démocratique et Rwanda
: Etat des lieux et perspectives.
Les
exposés ont été présentés par
L’Honorable Libérate NICAYENZI, sur la situation
des Batwa du Burundi, par M. Claude SIKUBWABO, pour les Bambuti
et les Batwa de la République Démocratique du Congo
et par M. Zéphyrin KALIMBA, sur les Batwa du Rwanda.
Ces
exposés ont montré que les populations « Pygmées
» des Grands Lacs ont commencé à prendre en
main leur propre destin, à travers la mise en place et
la gestion des organisations et associations qui leur sont propres
et la réalisation d’initiatives de développement
conçues et mises en œuvre par leurs organisations
et soutenues par les bailleurs de fonds et les partenaires au
développement. Malgré cette évolution perceptible,
il reste encore de nombreux problèmes à résoudre
pour assurer le plein épanouissement de ces populations.
Les plus importants se trouvent être : l’accès
et la gestion des terres, le dialogue politique et démocratique
avec les Etats et les Gouvernements de la région, la garantie
de la citoyenneté des « Pygmées », la
consolidation de l’éducation, la santé, etc.
• Panel 2 : Les « Pygmées » et le développement
au Congo-Brazzaville, en Centrafrique et au Gabon : Etat des lieux
et perspectives.
Les
exposés ont été présentés par
M. Yvon Norbert GAMBEG, Professeur à l’Université
Marien NGOUABI de Brazzaville, M. Joseph BALIGUINI, Chef du Département
d’Anthropologie à l’Université de Bangui
et M. Emmanuel BAYANI NGOYI, Socio-Environnementaliste du Gabon.
Ces
exposés ont montré que la situation des «
Pygmées » est encore plus préoccupante en
République Centrafricaine et au Gabon, notamment sur le
plan de la connaissance scientifique de ces populations, de leurs
modes de vie, de leur éducation, de la reconnaissance et
de la garantie de leurs droits en tant que citoyens à part
entière de leurs Etats respectifs. Ils ont proposé
que des programmes de longue durée soient élaborés
et mis en œuvre, avec une participation et une responsabilisation
effectives des populations « Pygmées ».
Panel
3 : Les « Pygmées » et le développement
au Cameroun : Etat des lieux et perspectives.
Les
exposés ont été présentés par
Mlles Marie ETAME, Environnementaliste, Consultante, Odile Christiane
OSSANGA, Anthropologue, Assistante de recherche à l’IRSA
et Collette WANDJI, Sociologue, Assistante de recherche à
l’IRSA, Monsieur Olivier TEGOMO, Sociologue, Consultant
en développement, le Pr. Séverin Cécile ABEGA,
Anthropologue, Directeur de l’IRSA et Patrice BIGOMBE LOGO,
politologue, Directeur du CERAD.
Ces exposés ont montré qu’un ensemble d’actions
ont été entreprises au cours des dernières
décennies pour le développement des « Pygmées
» du Cameroun ; mais qu’elles ont le plus touché
les Baka et les Bakola-Bagyéli et presque pas les Pygmées
Bedzang. Au-delà des difficultés relatives aux approches
utilisées par les intervenants, ces actions ont permis
d’atteindre des résultats encourageants dans les
domaines de l’alphabétisation et de l’agriculture.
Il reste aujourd’hui à engager des actions d’envergure
dans les domaines de l’accès et de la gestion des
ressources naturelles, de la citoyenneté, de l’éducation
secondaire et universitaire et de la formation professionnelle.
Pour y arriver, il est important que les différents acteurs
inscrivent leurs actions dans la perspective de l’autopromotion
des « Pygmées », de la consolidation et de
la responsabilisation des organisations « Pygmées
» elles-mêmes.
•
Deuxième Phase: Travaux en ateliers
A
la suite de ces exposés, des échanges et des discussions
en plénière, les participants à l'atelier
ont été répartis en cinq groupes de travail
autour des préoccupations de l’atelier, à
savoir, l’analyse de l’état de marginalité
des « Pygmées », les approches méthodologiques
de travail avec eux et les axes d’action future possibles
pour assurer leur autopromotion.
A
l’issue des échanges et des discussions, les principales
recommandations suivantes ont été faites par les
participants à l’atelier de Yaoundé :
1.
Que la dignité humaine des populations « Pygmées
» soit juridiquement et sociologiquement reconnue, réhabilitée,
respectée, protégée et promue par les populations
voisines, les Etats et les Gouvernements d’Afrique Centrale
;
2. Qu’il soit mis fin à la marginalité sociale,
juridique, politique, économique et culturelle qui les
frappe depuis des décennies, dans le respect de leur identité
;
3. Que l’accès à la propriété
foncière et la gestion des terres et des forêts soient
garantis pour toutes les populations « Pygmées »
d’Afrique Centrale et deviennent l’un des domaines
prioritaires d’action des programmes d’appui à
leur développement ;
4. Que les « Pygmées » deviennent les commanditaires
et les gestionnaires des initiatives et programmes de développement
réalisés en leur faveur ;
5. Que les organismes d’appui poursuivent leur travail d’accompagnement
auprès des « Pygmées » en s’inscrivant
davantage dans une perspective de facilitation du développement
de ces populations ;
6. Que l’autopromotion et la participation soient généralisées
comme approches appropriées d’appui au développement
des « Pygmées » ;
7. Que la formation professionnelle des intervenants et des accompagnateurs
soit systématisée ;
8. Que la problématique du développement des «
Pygmées » soit abordée dans une perspective
globale et systémique intégrant, à la fois,
les questions relatives à l’accès à
la propriété foncière, les services sociaux,
les droits des concernés et le développement de
leurs voisins ;
9. Que les Etats jouent pleinement leur rôle dans le processus
de développement des « Pygmées », en
assumant leur existence et leur citoyenneté ;
10. Que les actions d’appui à l’éducation
des Pygmées et au développement de l’agriculture
soient poursuivies, consolidées et améliorées
;
11. Qu’une plate-forme de concertation et d’échange
de tous les acteurs oeuvrant pour le développement des
« Pygmées » d’Afrique Centrale soit mise
en place et rendue opérationnelle ;
12. Que les bailleurs continuent à soutenir l’ensemble
des efforts déployés dans la sous-région
pour assurer l’autopromotion des populations « Pygmées
», que ce soit à travers les Etats, les organisations
« Pygmées » et les organismes d’appui
au développement ;
13. Que les résultats et les recommandations de cet atelier
soient effectivement mis en œuvre.
Fait
à Yaoundé, le 04 Février 2005
Les Participants